Écrit par DICKENS, CHARLES
Nouvelles - Contes
LES CARILLONS Noté
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LES CARILLONS - Dickens, Charles
Extrait :
Il est peu de personnes. — Et d’abord, comme il est désirable qu’un conteur et son lecteur se comprennent et se mettent d’accord aussitôt que possible, je prie de remarquer que je ne limite cette observation ni aux grandes personnes ni aux petites, mais que je l’étends à toutes les classes de personnes, petites et grandes, jeunes et vieilles ; à celles qui sont encore dans l’âge de la croissance, comme à celles qui sont dans l’âge de la décroissance ; — il est donc, dis-je, peu de personnes qui se soucieraient beaucoup de dormir dans une église. Je ne parle pas de l’heure du sermon, pendant l’été (car cela s’est vu une fois ou deux), mais la nuit, mais seul ! Je sais que cette supposition de dormir dans l’église, en plein jour, étonnerait prodigieusement une multitude de personnes ; mais elle ne s’applique qu’à la nuit ; il ne s’agit que de la nuit, et c’est ce que je me charge de maintenir victorieusement contre tout contradicteur qui voudra venir argumenter avec moi par une nuit orageuse d"hiver, dans un vieux cimetière, devant la porte d’une vieille église, après m’avoir préalablement autorisé à l’y enfermer jusqu’au lendemain matin, si cela est nécessaire pour sa complète satisfaction.
En effet, le vent de la nuit a une façon lugubre d’errer autour d’une vieille église, de gémir, d’ébranler avec sa main invisible les croisées et les portes, de chercher quelque fente pour s’y introduire ; et, quand il est entré, comme quelqu’un qui ne trouve pas ce qu’il cherche, il crie et hurle pour sortir, se jette à travers les nefs, glisse autour des piliers, escalade l’orgue, s’élance aux voûtes et s’efforce de briser les solives : puis tout-à-coup se précipite en désespéré sur les dalles, et pénètre en murmurant sous les caveaux ; … mais le voilà revenu en tapinois, le voilà qui rampe le long des murailles, où l’on croirait qu’il lit à voix basse les inscriptions consacrées aux morts ; aux unes il semble siffler et rire, aux autres gémir et se lamenter. C’est encore avec des sons lugubres qu’il s’agite dans l’enceinte de l’autel, comme s’il entonnait une triste complainte sur les profanations du lieu saint, sur les sacrilèges, les meurtres, l’adoration des faux dieux et la violation des tables de la loi, ces tables qui paraissent si propres et si polies, mais qui ont été tant de fois souillées et brisées. — Ah ! Dieu nous bénisse ! je le déclare du coin de mon feu où je suis commodément assis : c’est une voix pleine de terreurs que celle du vent quand il chante à minuit dans une église.
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