Écrit par POUCHKINE, ALEXANDRE
Théâtre
LE BARON AVARE Noté
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LE BARON AVARE - Pouchkine, Alexandre
Extrait :
ALBERT
Quoi qu’il arrive, je paraîtrai au tournoi. — Johann, montre-moi mon casque. (Johann le lui apporte.) Percé à jour ! impossible de le mettre. Il faut que j’en trouve un autre. Quel coup ! Maudit comte de Lorges !
JOHANN
Vous l’en avez bien payé en le jetant de ses étriers par terre. Il est resté tout un jour comme mort, et l’on ne sait s’il en reviendra.
ALBERT
Il n’a rien perdu, lui. Sa cotte de mailles de Venise est intacte. Quant à sa poitrine, elle ne lui coûte rien ; il n’est pas obligé de s’en acheter une autre. Pourquoi ne lui ai-je pas ôté son casque dans la lice ? Je l’aurais fait, si je n’avais eu honte devant les dames et le duc. Maudit comte ! il eût mieux fait de me percer la tête. J’ai aussi besoin d’habits. La dernière fois, tous les chevaliers assis à la table du duc étaient en soie et en velours ; moi seul j’étais en cuirasse. J’ai dit pour excuse que j’étais venu au tournoi par hasard. Que dirai-je maintenant ? O pauvreté, pauvreté ! comme elle nous abaisse le cœur ! Quand de Lorges perça mon casque de sa lourde lance, et me dépassa au galop ; quand, la tête nue, je donnai de l’éperon à mon Émyr, et, m’élançant comme la foudre, je jetai le comte à vingt pas, de même qu’un petit page ; quand toutes les dames se levèrent de leurs sièges, et que Clotilde elle-même, se cachant le visage, poussa un cri involontaire ; quand tous les hérauts célébrèrent la vigueur de ce coup ; personne alors ne se doutait de la cause de ma bravoure et de ma force terrible : j’étais furieux d’avoir mon casque endommagé. Qui m’avait donné cet héroïsme ? l’avarice. Oui, l’avarice. Il n’est pas difficile d’en être infecté, quand on vit sous le même toit que mon père. Que fait mon pauvre Émyr ?
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